Quand la sécurité devient une culture, et non plus une réaction

Myriam Chevalley-Loulid
Myriam Chevalley-Loulid

Certains drames ont le pouvoir d’accélérer les prises de conscience. Les récents événements survenus à Crans-Montana en sont une illustration frappante : ils rappellent que la sécurité ne peut jamais être considérée comme acquise, même dans des environnements réputés sûrs. Dans les lieux professionnels dédiés à l’organisation d’événements, cette réalité est depuis longtemps intégrée. Centres de congrès, infrastructures culturelles et espaces multifonctionnels évoluent dans un écosystème où la gestion des risques fait partie du quotidien. En Suisse, ces enjeux ne sont toutefois pas seulement traités dans l’urgence. Ils reposent sur un socle solide : normes strictes, culture de l’anticipation, coordination des acteurs et sens aigu des responsabilités. Cette approche contribue largement à l’image du pays fiable, rigoureux et sécurisé. Mais comment cette culture se traduit-elle concrètement sur le terrain ? Pour mieux le comprendre, nous avons recueilli le regard de Lutfi Sakiri, responsable de la sécurité au SwissTech Convention Center, situé sur le campus de l’EPFL à Lausanne.

« La sécurité doit rester invisible, mais essentielle »

Dans les lieux événementiels, la sécurité ne doit jamais entraver l’expérience. C’est précisément la vision défendue au SwissTech Convention Center. « L’EPFL est un campus vivant, international et ouvert », explique Lutfi Sakiri. « Notre rôle est de faire en sorte que cette ouverture puisse exister dans un cadre parfaitement sécurisé. » Ici, comme dans d’autres grandes infrastructures, la sécurité ne se résume pas à une accumulation de règles ou de dispositifs techniques. Elle s’inscrit dans une approche globale, pensée comme un facilitateur plutôt que comme une contrainte. « Elle doit permettre aux activités de se dérouler dans les meilleures conditions possibles, sans jamais être intrusive », précise-t-il.

« Anticiper l’imprévisible est devenu la norme »

La sécurité événementielle évolue rapidement. « Nous faisons face à un environnement de plus en plus complexe », souligne Lutfi Sakiri. « Les tensions sociétales, les mobilisations spontanées ou encore les enjeux d’image peuvent désormais impacter directement un événement. » Le contexte international joue également un rôle déterminant. « Certaines situations géopolitiques à l’étranger peuvent avoir des répercussions locales, y compris en Suisse. Cela impose une veille constante et une capacité d’adaptation rapide. » Dans ce type d’infrastructure, chaque événement fait ainsi l’objet d’une analyse spécifique : flux de personnes, profils des participants, scénarios de risques. Rien n’est laissé au hasard. Parallèlement, les attentes des organisateurs évoluent. Les événements sont de plus en plus immersifs, ambitieux et médiatisés, exigeant à la fois davantage de sécurité, de fluidité et de discrétion. Ce travail repose sur une collaboration étroite entre organisateurs, équipes techniques et services d’urgence, dans une logique de coordination permanente.

Trouver l’équilibre : sécurité maximale, impact minimal

Aujourd’hui, le défi pour les lieux événementiels est clair : sécuriser sans alourdir. Les publics attendent un environnement sûr, sans pour autant percevoir les dispositifs mis en place. Cette exigence redéfinit profondément les approches. « La sécurité de demain sera moins visible, mais encore plus présente », résume Lutfi Sakiri. Un équilibre exigeant, partagé par l’ensemble des grandes infrastructures, qui révèle une réalité souvent invisible : dans les lieux où tout semble fluide, la sécurité est déjà à l’œuvre.